Chansons à boire

Des poèmes, des chansons par centaines sont dédiés au vin, les paroles ne sont pas toujours du meilleur tonneau mais qu’importe le flacon… Le vin inspire la gaieté, on chante dans la rue, dans les « caf’conc' » et les réunions familiales, généralement bien arrosées, quand elles ne dégénèrent pas en pugilat, finissent en chansons. D’ailleurs en France, c’est bien connu, « tout finit par des chansons »…
Toute une production populaire qu’on retrouve encore dans les bacs de certains marchands de vieux papiers. Des partitions aux titres évocateurs, au style réaliste, accompagnées parfois d’une jolie illustration, dont les paroles ne sont pas toutes, loin de là, passées à la postérité :
Du rouge de Bénech et Dumont à Quand j’ai pris mon apéro créée pour la radio en 1950 par Georges Tabet, au Père Robinet de Gabriello et Eler (1948) en passant par Donnez-moi donc un petit coup de rouge interprété par Andrex en 1941 au Versons, Trinquons, Buvons de l’inspiré Bordas qui consacra plusieurs chansons à ce thème, les titres forment légion.

Créé en 1943 par Jean Dréjac, dans une guinguette des bords de Marne, raconte la légende, sur une musique de Charles Borel-Clerc, Ah! le petit vin blanc connut un succès considérable dans l’immédiate après-guerre grâce à l’interpratation de Lina Margy. La partition, en petit format, de cette ode à la joie et à la liberté retrouvée, s’écoula à plus d’un million et demi d’exemplaires…

Cliquez sur l’image pour écouter la chanson…

En 1946, Maurice Chevalier, figure emblématique du « Titi parisien », répare cette lacune et crée avec Louis Poterat sur une musique d’Alstone les paroles « inoubliables » de Quai de Bercy :

« Faut bien être à la page
Et savoir les usages,
Chacune y vient au bras de chacun
Rien que pour la bricole
Y s’fichent du protocole
Tous les fauchés connaissent le turbin
On flirte en humant l’vin frais
On danse au Beaujolais
On s’embrasse au Vouvray et au Saint-Émilion
Adieu jupe et jupon
Malgré qu’on soit des purés
Tous les serments jurés
Le sont au Mercurey et pour dev’nir canaille
Y’a rien de mieux que l’Extra-Dry !
 »

Le refrain est du même tonneau :

« Sous un tonneau de Pommard, sans un radis
Les mains aux poches
On respire le pinard.
Ah, ah, ah !
Le Bon Dieu fait son vin pour les riches, Ah, ah, ah !
Mais le rêve est le vin des clochards.
Quai de Bercy, quai de la cloche,
On a jamais le cafard.
 »

Seul le talent de Maurice Chevalier sauve cette composition du naufrage qui a bien peu de chance d’être reprise à la cantine du ministère des Finances par des fonctionnaires en mal de nostalgie.
Dans les années 50, sous le même titre, un autre essai signé Henri Gougaud est tenté.
Là aussi peu de chance que les paroles passent à la postérité, il est question de la promenade romantique d’un couple d’amoureux déambulant sur le quai de Bercy. La description des lieux n’a rien de très folichonne, elle est carrément sinistre et l’on est là bien loin du joyeux Bercy des guinguettes et des canotiers :

« Un jour Julie et moi, nous allions vers la Seine,
Il faisait un froid sec, méchamment comme une scie,
La pluie noya les baromètres
.
Et nous avons couru nous fourrer sous un pont,
Et nos pas nous menaient vers le quai de Bercy,
Là où le fleuve est gris comme une vieille veine.
 »

Si elle est importante, la production de ces œuvres reste à l’image du gros rouge, de médiocre qualité. Bercy, quelque peu oublié, ne pouvait rester, tout à fait, à l’écart de cette production artistique.