La famille Fanton : 4 générations à Bercy

En 1960 Michel François Régis Fanton présidait depuis une trentaine d’années aux destinées de la maison de négoce familiale. Premier de la lignée à avoir vu le jour en région parisienne, il avait pris la succession à Bercy de ses père et grand-père nés sur les bords de la Saône. Depuis 1654, six générations y étaient tour à tour bateliers, pêcheurs, conducteurs de chevaux de halage ou aubergistes à Beauregard, face à Villefranche-sur-Saône..

Mais, vers 1820, l’industrialisation naissante avec la machine à vapeur, la batellerie à aube, et plus encore, le chemin de fer vont profondément changer la vie paisible à Beauregard. Plus de poissons, le bruit les effraie, plus de pêcheurs, plus de mariniers. François Fanton, dit Pinbis, né en 1816, maître marinier, sera le dernier à maintenir la tradition nautique des ancêtres.

Michel, son frère cadet, né en 1826 (portrait ci-dessus) prend épouse à Saint-Martin Belle Roche en pays mâconnais et, bientôt, s’associe avec Aimé Blanc (photo ci-dessous), négociant en vins à Blacé, en beaujolais. Trois générations lui succèderont …à Bercy, Michel et François, nés respectivement en 1909 et 1935.

Sans oublier François-Marius, né en 1861, ni Joseph, son aîné de 4 ans, qui, fraîchement débarqués de Saint-Martin Belle Roche (Saône et Loire) en 1867, ne furent pas longs à connaître tous les pavés de la rue du Port-de-Bercy, où leurs parents venaient de s’installer. Souvent, de retour de l’école, rue de Pommard, ils jouaient à la marelle ou à colin-maillard avec leurs deux gentilles voisines, Pauline et Léonide, 6 et 10 ans, les filles d’Eugène Valentin, de vraies natives des Entrepôts ! Des autochtones, comme le seront un peu plus tard, Isabelle et Eugène, les derniers-nés du clan Fanton.

Aimé Blanc (1815-1886)
Le Fond-de-Blacé

Michel Fanton développe ses talents pour le commerce du vin avec bon succès, comme l’atteste en 1858 ce bon de commande de son Altesse Impériale le Prince Jérôme Napoléon pour 3 demi-pièces de vin de Mâcon.

François Marius Fanton, son fils né en 1861, prendra le relai dans les entrepôts à Bercy, puis son petit-fils Michel François Régis, né en 1909, également avec le même succès.

François Fanton, son arrière-petit-fils né en 1935, et son frère cadet Bruno formeront la dernière lignée des « Fanton à Bercy » jusqu’en 1994, fermeture des entrepôts oblige.

… une très belle histoire familiale.

Quelques bons de commande d’époque aux Ets Fanton, avec leurs magnifiques en-têtes ….

On pourrait nommer l’ancienne Cour Louis Proust la Cour Fanton, tellement cette famille a imprégné la vie vinicole à Bercy, jusqu’à en être les derniers représentants à sa destruction dans les années 1990. François Fanton quitta Bercy en 1994.

Il s’en souvient encore comme si c’était hier : « Il fallait emprunter sur quelques mètres la rue du Petit-Château, évocatrice des temps anciens, tourner à droite devant le Pavillon Gouin – autrefois conciergerie du Petit-Château -prendre la petite cour Margaux, la rue Laroche, la rue Gallois et le bâtiment où sévissait l’antenne locale des contributions indirectes à gauche. Et toujours à gauche, la cour Saint-Julien avec ses deux immenses platanes, bien plus que centenaires, affirmaient les spécialistes. Un labyrinthe initiatique qui donnait accès à la petite cour Louis Proust, dont les gros pavés de grès semblaient s’être, au cours des siècles, imbibés de tous les vins de France. »

« Le visiteur devait alors baisser la tête, descendre trois marches de pierre pour découvrir la raison d’être de ces bâtiments datant d’une autre époque. Devant ses yeux apparaissaient dans la pénombre des rangs de fûts (on disait fûts, ou mieux pièces). C’était le chai d’élevage de grandes appellations qui se succédaient sur une trentaine de rangs, chacun de 28 ou 29 pièces, gerbées sur 3 niveaux. Les fûts ne touchaient pas terre, ils en étaient isolés par de longues traverses en bois, disposées perpendiculairement à la rue. Des arômes voluptueux vous saisissaient, fait de tous les vins bien sûr, mais aussi de vieux bois, de craie humide et d’une multitude de senteurs plus indéfinissables » …

photo P. Lemeunier (D.R.)

Michel Fanton (1909-1971) entretenait d’excellentes relations avec ses confrères du Grand-Bercy, Mmrs Roger Lafon (Bedhet-Lafon, cour Dessort), Albert Bedhet (neveu du précédent et fils de Jacques), Jean Giraud (Dr Gal. des Ets Joninon, rue du Port-de-Bercy), Jean Gérin (Alfred Gérin & Fils, rue du Médoc), André Guyot (Vins BOR) rue du Pas-de-la-Mule puis place des Vosges (sièges successifs de la Chambre Syndicale des Vins (*)
Michel côtoyait à l’occasion Mmrs Louis Pompanon (Grands Vins sélectionnés GéVéOR, Petit-Bercy), Jean ou Michel Léonulli, fils de Jules (Vin des Rochers -Petit-Bercy), Claude ou Michel Saillard, fils de Paul (Le « Baptistin Caracous », Halle-aux-Vins).
Warcollier, au 2, rue du Port-de-Bercy était le plus proche voisin des Fanton. Cette très antique maison bercyquoise avait pris dans les années 30 le nom de Warcollier & Loury suite à son rachat par le père d’André Loury (rachat et non fusion).
(*) Aucune de ces maisons ne subsistait vers 1985, à l’exception de Fanton-Gérin Vins Fins, 22 cour Louis Proust, résultant de la fusion-absorption réalisée en 1980.

La cour Louis Proust, vue de la cour Saint-Julien, merveilleux dessin de Christian Dardennes, qui a passé des heures, crayon en main, à immortaliser sur papier les entrepôts de Bercy dans les années 1990.

photo Jean-Claude Gautrand (D.R.)

Les frères Fanton dans les années 1980, très inquiets à juste titre, de la tournure que prend le projet des grands travaux à Bercy : la fin d’un monde …

Madinina 1895

En 1891, François-Marius Fanton, le second des fils de Michel Fanton, grand voyageur, parcourait l’Europe (Saint-Pétersbourg, Anvers, Madère …) à la recherche de produits prestigieux. On le vit également souvent dans les grandes plantations de cannes à sucre aux Antilles, surtout en Martinique, dont l’ancien nom au temps de l’esclavage, s’appelait « Madinina »

Le cataclysme de l’éruption de la Montagne Pelée, le 8 mai 1902, a mis un terme brutal à ces voyages d’affaires. Heureusement, François-Marius avait rapporté de son dernier voyage à Saint-Pierre un lot exceptionnel d’eaux-de-vie de canne « pur vesou« , récolte 1895, vieilli sept ans sous bois. Ce sont ces bouteilles chargées d’aventure et d’histoire qui font encore de nos jours, par quelques bouteilles rarissimes de ce petit stock gardé à l’abri quelque part dans les entrepôts de Bercy, la grande réputation des Ets Fanton.

Les Vins Fanton vendus …
… jusqu’à Québec/Canada !

Quelques vins élevés et distribués par les Ets Fanton :

  • Pommard 1957
  • Corton 1952
  • Chambertin 1952

…. de bons petits vins de table, quoi !

Un petit tour chez les Etablissements Fanton fin des années 1980…
(photos – collection Lionel Mouraux)