La Halle aux vins Saint Bernard
De la Halle aux Vins Saint-Bernard aux entrepôts de Bercy


C’est en bordure de la Seine que devaient naturellement s’établir les entrepôts de vins et d’alcools. Pendant des siècles, Paris avait été exclusivement approvisionné par les mariniers. Les fûts se vendaient sur les bateaux et les crieurs-jurés, qui formaient une corporation puissante, annonçaient dans toute la ville les arrivages de vins.
Les bateaux, portés par le courant, amenaient les vins de Bourgogne, de Champagne ou du Mâconnais. Certains s’arrêtaient au village de Bercy, d’autres accostaient, soit au port Saint-Paul, soit au port Saint-Nicolas, au bas du Louvre, soit enfin au port de la Tournelle ou port Saint-Bernard situé entre le fleuve et l’abbaye Saint-Victor.
En mai 1656, Louis XIV autorisa la construction d’une halle au port Saint-Bernard, à condition que les marchands partagent le produit de leurs bénéfices avec l’Hôpital général. Deux bâtiments et une chapelle furent édifiés sur un terrain cédé par l’abbaye Saint-Victor.

En 1790 eut lieu un premier agrandissement de cette halle primitive sur des terrains cédés, une nouvelle fois, par l’abbaye voisine.
La consommation de vin et d’alcool augmentant dans la capitale, Napoléon ordonna, par décret du 30 mars 1808, la construction d’une nouvelle halle qui engloba la presque totalité de l’ancienne abbaye dont les terrains avaient été confisqués comme biens nationaux.
Due à l’architecte François Tranquille Gauché (1766-1846), la Halle aux Vins, dite de Jussieu ou de Saint-Bernard apparaissait, à l’inverse des entrepôts de Bercy, comme un ensemble architectural unifié.
Située entre les rues du faubourg Saint-Bernrd, de Jussieu, Cuvier et le quai Saint-Bernard, la Halle aux Vins occupait une superficie de douze hectares (43 pour Bercy) divisée en sections par les rues : de Touraine, du Languedoc, de Bordeaux, de Champagne, de Graves et de la Côte d’Or. Du côté de la Seine se trouvait le Grand-Préau et du côté de la rue de Jussieu le préau des eaux-de-vie.
Ceux qui l’ont connue se souviennent des magnifiques caves voûtées de la Halle-aux-Vins. L’atmosphère était différente de celle de Bercy plus champêtre que sa rivale plus urbaine. « Ceux » de Saint-Bernard ne côtoyaient pas volontiers les « Bercycois » et encore moins « ceux » de Charenton. D’après un témoin de Saint-Bernard : » la Halle-aux-Vins constituait l’aristocratie, l’ébénisterie de la profession, Bercy c’était la menuiserie et les Magasins-Généraux de Charenton le gros œuvre ».
Une loi de 1905 obligea tous les négociants en vins parisiens à installer leurs magasins dans les entrepôts public sous contrôles. Cette loi fut abrogée en 1959 pour permettre la construction de la Faculté des Sciences-Jussieu. La quasi-totalité des marchands de gros expulsés de la Halle Saint-Bernard se replièrent dans l’entrepôt de Bercy (cf. annuaire professionnel de 1965).
En 1987, la construction de l’Institut du Monde Arabe fit disparaître le dernier bâtiment de l’ancienne Halle aux Vins Saint-Bernard dont seuls subsistent aujourd’hui quelques tronçons des grilles qui l’enserraient.
En 1979, lors du 19ème congrès de l’Union Nationale des Œnologues, Louis Plessis décrivait ainsi la Halle aux Vins :
» … Elle semblait pourtant éternelle, avec ses « buttes » trapues, ses allées ombragées où s’affairait tout un monde de tonneliers, de négociants, de commis voyageurs, d’ouvriers de chais, de courtiers, de restaurateurs ; les uns occupés à la besogne journalière, les autres à la recherche de la barrique prestigieuse, d’autres encore livrés à un commerce séculaire. Les noctambules attardés sur les quais de Seine, du côté du jardins des Plantes, voyaient avec étonnement surgir de l’ombre un train de wagons-réservoirs qui longeait le quai, coupait la rue et s’enfonçait entre les grilles. Tout ce brouhaha et ce mouvement donnaient à la Halle aux Vins cet aspect de cité réservée, de ville sainte, de métropole sacrée…« .
Cartes postales et gravures