La Préhistoire

Bordure de fleuve pendant la période néolithique – illustration de Gilles Tosello

Comme pour la naissance de la Terre, à l’origine il y avait l’eau, élément indispensable à toute forme de vie. Si la Seine donna naissance à Paris, Bercy en fut le berceau à l’époque lointaine où son cours, plus au nord, non endigué, recouvrait, en partie, le territoire qui nous intéresse. Il sera peu à peu transformé au fil des siècles sous l’action géologique, puis par celle des hommes qui, au XIXe et XXe siècles, lui donnèrent la physionomie que nous connaissons aujourd’hui.

6 000 ANS D’HISTOIRE : Bercy a de la bouteille…

« Bercy est aujourd’hui le site le plus ancien de Paris… Personne ne pouvait se douter que les modestes fondations des entrepôts de vins avaient discrètement préservé un site préhistorique sur près de dix mètres de profondeur. Depuis le Vème millénaire avant JC jusqu’à l’âge du fer, des dizaines de générations ont choisi de vivre à Bercy… cette occupation de l’homme de 4 000 ans, double purement et simplement la durée de vie connue de notre Capitale. »

Philippe Velay, Conservateur en chef du patrimoine de la Ville de Paris.

De tout temps, le site de Bercy semble avoir retenu l’intérêt de l’homme. Sa situation géographique particulière, sa proximité avec le fleuve, mais aussi celle de son confluent avec la Marne, la protection naturelle et plus tard fiscale qu’elle lui offrit à travers les âges, ses richesses naturelles, semblent en avoir fait l’un des lieux de peuplement les plus hospitaliers de l’Ile de France. 

Le peu de transformation de ce périmètre, lieu de bien des enjeux à travers les siècles, l’absence de fondations profondes des entrepôts de Bercy, ont sauvegardé les trésors archéologiques qui y dormaient. Comme bien souvent, d’un mal naît un bien, les importantes réalisations de la partie Sud orientale de Bercy, si elles condamnaient, à tout jamais, toutes futures recherches, ont permis des découvertes de première importance en ce qui concerne la période néolithique. 

Ces recherches ont mis en évidence l’existence d’un chenal qui correspondait à l’ancien lit du fleuve situé au nord du cours actuel. Les découvertes archéologiques ont été principalement faites sur la rive gauche de ce cours qui s’est peu à peu comblé, déplaçant son lit vers le sud, pour être endigué et régulé par les hommes à partir du milieu du XIXème siècle. L’existence de cet ancien lit est attestée par la présence, sous la forme d’un bras mort, sur certains plans du XVIIIème siècle. La situation du lieu, sa richesse tant végétale qu’animale ont permis à l’homme de s’implanter durablement sur le site et d’y laisser de nombreuses traces. 

Philippe Marquis, chargé de mission auprès de la Commission du Vieux Paris, évoque ces bords de Seine 4 500 ans avant JC : 

« Plus de soixante-dix espèces végétales différentes sont attestées dans cette zone durant la préhistoire, l’essentiel d’entre elles étant potentiellement utilisable par l’homme. L’abondance de certaines espèces comme le chêne et l’aulne, atteste de l’existence d’un couvert boisé dense, sans être impénétrable, à proximité des berges. Sur la berge elle-même, des espèces aquatiques comme les joncs ou les nénuphars sont bien représentées. La faune confirme cette image d’un milieu riche et diversifié, on y trouve aussi bien des espèces fréquentant les couverts boisés, peu touffus, comme l’aurochs ou les cervidés, que des espèces typiques des milieux amphibies comme le castor, la loutre ou la tortue d’eau. »

Période néolithique – dessin de Gilles Tosello

Ces fouilles, effectuées à partir de 1991, ont révélé l’existence d’un village protégé par une palissade. Les hommes du néolithique, comme a pu l’attester la découverte d’armes ou d’hameçons, pratiquaient la chasse, la pêche, la cueillette, et se livraient également à l’élevage et à la culture. Les fouilles ont pu mettre en évidence d’autres pratiques, telles que la poterie ou le tissage, et montrer les échanges qui, par le fleuve, avaient lieu avec des régions de plus en plus lointaines. Des milliers d’objets, dont des céramiques « miraculeusement intactes », ont été mis à jour dans cet ancien lit qui servait aussi de décharge à nos lointains ancêtres. 

Les éléments les plus remarquables de ces découvertes, comme les célèbres pirogues, sont exposés au musée Carnavalet dans une salle aménagée à cet effet.

Si aucune représentation matérielle ne rappelle, sur le site, ces découvertes attestant les lointaines origines de la Capitale, la rue des Pirogues de Bercy évoque, aux promeneurs, le passé lointain de nos ancêtres parisiens.

Des traces d’habitat et d’appontements datées entre 750 et 350 avant JC ont été découvertes entre trois et six mètres de profondeur. Les niveaux du néolithique (autour de 4 600 à 2 000 av JC) sont apparus entre six et neuf mètres. Pas moins de dix pirogues, toutes en chêne, furent trouvées sur le site. La plus ancienne vers 4 500 avant JC, est la mieux conservée et mesure près de six mètres de long. La plus récente remonte à 2 200 av JC. 

Les embarcations reposaient sur la berge, ou dans le chenal même; elles ont servi quotidiennement au transport et à la pêche. Les bois gorgés d’eau et très fragiles ont dû être restaurés pendant plusieurs années au laboratoire Arc Nucléaire de Grenoble.

Même si, dans la continuité de Bercy, on peut supposer une implantation ancienne de l’homme sur l’actuel territoire charentonnais, aucune découverte archéologique de cette importance n’a été révélée lors des grands travaux effectués sur les terrains des anciens Magasins Généraux du quartier Bercy sur Charenton.

Parmi les objets découverts à Bercy, citons :

– une statue féminine en terre cuite vers – 4 200 av JC
– des coupes en céramique à décor incliné
– des outils en bois de cervidés poli
– des bouteilles – 4 500 av JC
– des céramiques à décors à poinçon
– des vases à goulot
– un arc de chasse en if
– de très nombreuses poteries et outils.