A travers les plans

L’étude des plans nous fournit des éléments précieux nous permettant de suivre l’évolution d’un territoire et les transformations apportées par l’homme au fil des siècles. A l’origine, le vaste territoire qui nous intéresse était compris, entre le boulevard de Bercy à l’Ouest, les voies SNCF du Sud-Est au Nord, le fleuve au Sud et la rue de l’Arcade, à l’Est, sur Charenton, ne formait qu’un seul tenant.
Puis, apparaissent quelques hameaux, des bâtisses éparses qui préfigurent les futurs villages de Bercy, de Conflans et de ses carrières et de Charenton, entourés de pâtures, de terres labourables, de vignes, sillonnés par des rus qui alimentent des étangs ou qui se jettent dans la Seine, reliés entre eux par des chemins de terre dont le tracé subsiste encore dans certaines voies actuelles.

1540. Une gouache, représentant le plus ancien plan de Paris, exécuté en tapisserie, d’où son nom de plan de la Tapisserie (1540), désigne sous l’appellation Percy, une forteresse d’aspect féodal entourée d’une enceinte de muraille édifiée non loin de la Seine.

Plan Saint-Victor – 1550

1550 (vers). Le plan Saint-Victor représente fort bien les arches du pont de Charenton surmontées d’une tour massive, le cœur de ce village, celui de Conflans, son église et toute proche une tour en poivrière entourée d’un mur et dénommée Percy. Une grande île fait face à cette forteresse.

Plan de Bâle – Truschet et Hoyau – 1553

1553. Le plan dit de Bâle d’Olivier Truschet et Germain Hoyau, daté de 1553 confirme les premiers éléments d’implantation humaine dans cette contrée de l’Est parisien. Dénommée Perci, la forteresse entourée de murailles et son donjon féodal apparaissent toujours; la grande île représentée sur le plan Saint-Victor lui fait toujours face et pourrait être un vestige de l’ancien lit du fleuve.
Plus loin figurent : « le village de Conflans avec son église, le pont de Charenton et le confluent de la Seine et de la Marne qui a donné son nom au village ».
L’existence de ce donjon apparaît, dans les textes, pour la première fois en 1316, lors d’une donation faite par Philippe le Long à sa belle-mère Mathilde, comtesse d’Artois, comprenant : « une vaste garenne allant du pont de Charenton à la tour de Bercy et depuis la rivière de Seine au chemin allant de Paris à Saint-Maur ».

Territoire qui représente, à peu près, la future seigneurie de Bercy, dont cette tour-forteresse deviendra le siège avant d’être détruite en 1658.

Plan de Jouvin de Rochefort – 1672

1672. D’autres plans suivent, n’apportant pas de précisions topographiques importantes concernant Bercy. Le plan de Jouvin de Rochefort (Paris en 1672) définit clairement le périmètre du territoire qui sera successivement occupé par des résidences édifiées, au XVIIIème siècle, par des notables parisiens puis, aux XIXème et XXème siècles, par les entrepôts de Bercy avant de devenir, dans les années 1990, le quartier que nous connaissons aujourd’hui. Le domaine de La Râpée est nettement représenté sur ce plan, considéré comme la première des résidences, la plus à l’Ouest, elle est contiguë à un vaste terrain à l’Est, qu’un grand étang alimenté par un cours d’eau ( le ru de Montreuil) occupe en partie. Sans doute un vestige de l’ancien lit de la Seine, dont le cours était originellement situé plus au nord ? La rue de Bercy aboutit en cul de sac dans la rue de la Grange-aux-Merciers (actuelle rue des Terroirs-de-France) et à un bâtiment dénommé Doctrine Chrétienne.

Plan de Jean de Lacaille – 1714

1714. Dans sa Description de la ville et des faubourgs de Paris, datée de 1714, Jean de La Caille relève les différentes propriétés jouxtant, à l’Est, celle de La Râpée, dont celle de la Vigne de Chaune qu’il nomme. Le plan représente des hôtels particuliers, construits pour la plupart le long de la rue de Bercy, par des notables de l’Est parisien. Les jardins descendent vers le fleuve, arrêtés en leur milieu par un étang, alimenté par un cours d’eau (le ru de Montreuil), qui se jette dans la Seine près de la résidence de La Râpée. L’étang, probablement vestige de l’ancien lit du fleuve, coupe en sa longueur le territoire en deux.
Trois propriétaires, dont M. de Gesvres, prirent le risque d’établir leurs résidences en bordure de Seine, jouissant d’un très beau point de vue, mais s’exposant aux nombreux débordements du fleuve.  Comme sur le plan précédant, la rue de Bercy débouche dans la rue de la Grange-aux-Merciers (actuelle rue des Terroirs-de-France), l’auteur indique les bâtiments des Pères de la Doctrine Chrétienne, à l’angle des deux rues, mais aussi la Grange-aux-Merciers.

Plan de l’abbé Delagrive – 1730

1730. Un plan de l’abbé Delagrive, daté de 1730, nous montre les treize propriétés, mais l’étang qui les coupait semble avoir disparu au profit de jardins qui descendent jusqu’au fleuve.
Ce plan représente aussi l’immense parc de Bercy et son château situés plus à l’Est sur l’actuelle commune de Charenton. La vaste propriété a pour limites, à l’ Ouest la résidence des frères Pâris, à l’Est le village de Conflans, au Nord le chemin de Charenton, l’actuelle rue de Paris, et au Sud le fleuve.

Plan de 1802 – Esmonts

1802. Le plan Esmonts et plus précisément encore le plan de Ch. Piquet de 1814, intitulé Plan routier de la ville divisée en XII arrondissements, nous montre l’évolution du secteur. Le mur d’enceinte des Fermiers Généraux, ainsi que son chemin de ronde bordé d’arbres, comme les barrières de la Râpée et de Bercy, apparaissent clairement. Le mur d’enceinte épargne la résidence de La Râpée bien représentée avec son vaste jardin et ses bâtiments.
Une allée partant de la rue de Bercy conduit au Petit-Château dont une partie de la façade reconstituée est visible aujourd’hui dans le jardin de la Mémoire. Les résidences bordant la rue de Bercy sont bien dessinées avec leurs différents bâtiments et leur cours intérieures. Le couvent de la Doctrine Chrétienne est plus précisément situé que sur les plans précédents. On retrouve la rue et la Grange aux Merciers qui semble jouxter le mur d’enceinte du parc de Bercy.

Plan Lefèvre – 1859

1859. Le plan de l’atlas Lefèvre nous montre un secteur profondément remanié. Les résidences et les jardins à la française ont disparu, remplacés par des rues tracées par les négociants en vin de la commune de Bercy créée en 1790.
Les fortifications de Thiers apparaissent, qui matérialiseront les nouvelles limites de Paris. Mais c’est surtout l’apparition du chemin de fer qui bouleversera ce territoire. Les voies du PLM (1857), sèment sur leur passage de nombreuses gares de marchandises, notamment en face des futurs entrepôts de Bercy, dont la commune  jouit encore, pour quelque temps, de sa situation hors taxes. Passé les fortifications, le chemin de fer transperce le parc des de Malon, le coupe en deux, passant à quelques mètres du perron du château et signant, par là-même, son arrêt de mort.
La Petite-Ceinture apparaît, elle aussi (1852), ainsi que le pont National (1852-53) qui lui permet de franchir la Seine. Le pont de Tolbiac n’est pas encore construit et un nouveau pont de Bercy doit remplacer le pont suspendu inauguré en 1832, succédant lui-même, à un bac. Ce pont sera élargi en 1904 pour être surmonté par le viaduc de la ligne de métro n°6. Sa largeur sera doublée en 1986.

Plan Hachette – 1894

1894. Sur ce plan édité par Hachette, dont on imagine une importante diffusion, les noms des rues sont parfaitement mentionnés. Le périmètre des entrepôts de Bercy est tel, qu’il subsistera jusqu’à leur démolition dans les années 1980-90.
Le pont de Tolbiac (1882) apparaît prolongé par la rue de Dijon (actuelle rue Joseph Kessel) qui sépare les entrepôts en deux parties, quasiment égales : le Grand-Bercy à l’Ouest et le Petit-Bercy à l’Est.
La partie de la rue de Bercy qui aboutissait à la rue de la Grange-aux-Merciers a été englobée dans le Petit-Bercy sous le nom de rue de la Gare-aux-Marchandises. Parallèle au Petit-Bercy une nouvelle voie apparaît,  la rue Gabriel Lamé appelée à jouer un rôle important dans la jonction prévue des quartiers Bercy de Paris et de Charenton.
Les rues de l’Yonne, de Thorins et des Mâconnais sont nommées avec la représentation de bâtiments qui fait penser, avec un couloir de liaison central, aux bâtiments Lheureux qui seront édifiés quelques années plus tard, en 1912.
Côté Charenton, les rues des Magasins-Généraux sont nommées, ainsi que les rues du nouveau quartier Valmy, situé de l’autre côté des voies ferrées du PLM.

A partir des années 1920, les photographies aériennes viendront compléter les cartes routières, en permettant de visualiser précisément les voies, les bâtiments et les infrastructures, telles que les voies ferrées et leurs annexes.
En libre accès, les sites géo portail et remonter le temps de l’IGN permettent d’avoir une représentation précise des sites concernés.