Bercy, hors les grilles
Les Fournisseurs
L’activité vinicole ne s’arrête pas une fois les grilles franchies. Bien au-delà des 43 hectares où le vin -et lui seul avec les tonneliers, est omniprésent, on le retrouve tout au long des rues de l’arrondissement, dans les arrière-cours, les ateliers et pas seulement dans les bars, cafés et autres estaminets,
Un annuaire professionnel de 1941 (Maurice Ponsot, Editeur) en fait le recensement au travers un très riche répertoire d’annonceurs.
On ne trouvera ci-dessous que quelques-unes de ces entreprises, dont l’activité s’est poursuivie jusqu’à la disparition des Entrepôts, 53 ans plus tard.
- Leclerc, rue de Pommard, Godin, 1, pl. Lachambaudie – Articles de cave , petit matériel de chai,
- Commecy, 2, rue Taine, registres comptables, papeterie,
- Jeanbin, ; Bouchet-Lakara, conception et impression d’étiquettes,
- Au Chêne-Liège, bd de Reuilly, bouchons, brocs à soutirer,
- SAF, 5, r. de Dijon ; Wormser, 2, bd de Bercy, Analyses et produits œnologiques,
- S.G.T., rue du Charolais, location de camions de livraison,
- Vidus-Huet, 1, av. Daumesnil, Machines à étiqueter
- ,Soyez, 10, r. du Pont-de-Créteil, Fouets à Champagne !
- Vatron, r. des Fossés-St-Bernard, Machines à embouteiller
Auxquels, on ajoutera les incontournables :
- Borsari, Cuveries en béton et ciment-verre.
- Daubron, 56, r. de la République – Filtres, plaques et toiles filtrantes
- Dujardin-Salleron, r . Payenne -Ebulliomètres, éprouvettes …
Le vin qui parvenait à Bercy ne provenait pas seulement des vignobles métropolitains (Bourgogne, vallée du Rhône, Languedoc…etc. par la route (camions-citernes Couturié ou Giraud) et la voie ferrée (trains de wagons-citernes Tirat). Remontant la Seine par Rouen, les bateaux-citernes de l’armement Schiaffino y acheminaient l’essentiel de la production du vignoble algérien. On peut citer d’excellents fournisseurs comme la société des Fermes Françaises (dans l’Algérois) et les Ets Lung (dans l’Oranais)

Maquette du Marie-Louise Schiaffino, , navire pinardier qui acheminait de 1951 à 1998, le vin d’Algérie 1 – Wikipédia
– Un des 20 navires de la compagnie en 1960, faisait environ 1500 tonnes.









Un bon consseil !

« Que voulez-vous, mon brave … Si vous aviez pris vos fûts à la SOCIETE FRANCAISE DE FÛT-TRANSPORTS et FUTAILLES,
… cela ne vous serait certainement pas arrivé !! »
L’organisation du négoce de Bercy : Qui vend quoi ?
IL faut se référer aux annuaires du Syndicat des Industries & Commerces en Grosdes Vins, Vins de Liqueur, Liqueurs, Spiritueux et Cidre sDE PARIS ET DE LA REGION PARISIENNE – 3, place des Vosges, PARIS 4.
- L’édition 1965 de l’annuaire distingue 4 groupements, chacun avec président, Vice-Président…
- Groupement I – Vente à emporter
- Groupement I I-Vente à consommer sur place
- Groupement III – Vins de Liqueur et Vins douxnaturels
- Groupement IV – Spiritueux .
On note qu’il n’existe pas d’instance propre à l’Entrepôt de Bercy.
Par Vente à emporter, on entend le vin que le consommateur emporte pour le boire chez lui.
La clientèle de la bande des 4 (cf. chapitre « Le velours de l’estomac » comme les litreurs de Thiais, d’Ivry… ressort du groupement I.
Suir une liste générale des adhérents avec leur appartenance et 3 listes géographiques (Grand et Petit-Bercy, transfuges de la Halle-aux-Vins).
Ci-dessous et ill. ci-contre, un client Vente à emporter
Externat pour Jeunes Gens
Education soignée – Coirs spéciaux
4, rue Emile-Allez – PARIS 17ème
De la mandoline à la comptabilité, de la natation aux Arts d’agrément

18 Janvier 1910
Monsieur Fanton,
Monsieur, je ne vous oublie pas, comme pourrait
le laisser croire mon retard à vous écrire
z et à vous adresser une commande de vin
et à solder mon petiti compte de débit de 60 f.
j’ai reçu de mon beau-père une pièce de vin
le 25 octobre dernier, de telle sorte qu’étant
seul avec ma femme qui boit d’ailleurs plus de bière
e que de vin, je n’ai pas eu encore besoin de vin.
. Mais, dès la fin de février, je vous prendrai une
demi-pièce de vin…
Note La pièce a une contenance de 225 litres. La demi-pièce, de 110. Ce client est un bon buveur !
La clientèle
Par Vente à consommer sur place, il faut entendre le vin qui sera bu hors domicile.
La clientèle du négociant pourra, de ce fait, comporter des bistrots, bars, cafés, brasseries, restaurants, hôtels, cantines et restaurants de collectivités. On le voit, l’éventail est plus que large. Au point que – mis à part le mot VIN, certaines de ces négoces n’ont que peu en commun.

Qu’ils s’appellent Bessières, Cazes, Cayla,, Lafon, Salavert, Triadou, Vayssières, Dijols, Batut… Que leur villages d’origine portent les noms de Cassuéjouls, Nasbinals, Saint-Chély d’Apcher, Entraygues, , Saint-Urcize…
ils tinrent le haut du pavé dans la restauration – la limonade : Du bois & charbon, dit bougnat, jusqu’au patron des plus belles brasseries parisiennes,c’est un aveyronnais, un Cantalou, un lozèrien, qui vous accueille dans son établissement. Lip, La Coupole, Le Dôme, Chez Marguery mais encore Chez Lescure, A la Galoche d’Aurillac, Au Chien qui Fume. Vous n’y couperez pas !
Reprenons une légende bien établie :
L’enfant du Pays, monté à Paris, débute au premier échelon de la profession. Petit commis, puis garçon de salle, travaille dur, amasse sou à sou tous les pourboires, fait ses premières armes dans la limonade comme gérant appointé, épouse une payse, achète une gérance libre qui lui assure un statut, puis achète ou crée lui-même un fonds de commerce (simple bistrot, café, brasserie, restaurant) puis, ascension terminée, retape la ferme familiale qu’il dote de façon ostentatoire des équipements dernier cri, met à son tour en gérance auprès d’un jeune compatriote le commerce qu’il a développé, vit désormais en rentier, touche un peu à la politique et termine paisiblement son existence entre son logement parisien et sa résidence de vacances
Dans ce petit monde, le ‘’BarTabac’’ a un rôle à part. Grand collecteur d’impôt, il est un personnage important. Recueillant pour le compte de la Régie des Tabacs et Allumettes des sommes importantes, il est d’une honnêteté et d’une rigueur à toute épreuve. Bien entendu, la quasi-totalité des ‘’tabacs’’ sont d’Auvergne ! C’est ainsi que les Auvergnats constituent à Paris une communauté agissante et courtisée par les politiques.
Paradoxe : Auprès de ces gens qui semblent vivre en clan, se méfient des banques, des étrangers, se marient et font affaires entre eux, le « Marchand d’vin » jouit, comme on va le voir, d’une confiance inébranlable à Laguiole ou à Saint-Chély où il retrouve ses semblables. Schématique, mais assez proche de la réalité tout au long de ce XXème siècle..
Pour faire court, le négociant joue tout à la fois le rôle de comptable, de conseiller juridique et fiscal, de banquier, d’entremetteur matrimonial, de confesseur, de gérant de patrimoine, de bureau de placement. Aucun diplôme, aucun titre officiel, ne sont requis .Mais, chacun y trouve son compte :Le client, bien sûr, mais aussi le négociant qui se fait ainsi – parfois pour deux générations -une clientèle des plus fidèles. Seule, l’institution bancaire crie au scandale, à la concurrence déloyale.
Attelé à la tâche, parfois le chef de maison mais, plus souvent, son associé ou son plus proche collaborateur, alors désigné sous le nom de contentieux. Le Contentieux-maison est de ce fait un personnage clé. Certains d’entre eux restent indépendants, propriétaires de la clientèle qu’ils apportent à telle ou telle maison.
Après eux, la force de vente est essentiellement constituée de représentants salariés, VRP multicartes, qui transmettent à l’entreprise la commande, généralement hebdomadaire et se chargent des encaissements. Sauf règlement comptant en espèces au livreur, pratique largement répandue.
Un client inattendu

PHARMACIE CENTRALE
Administration Générale de l’Assistance Publique à Paris
Juillet 1900
Je soussigné prie Monsieur Fanton de
nous faire préparer 6500 à 7000 litres
de Rhum pour nous livrer vers la fin de cette
semaine ou au début de la semaine prochaine.
Veuillez agréer…
NB: Attendre un autre avis pour livrer
Un excellent client


Restaurant Martin-Alma
44, rue Jean Goujon – Paris 8ème
Particularité : cet établissement, outre sa renommée de grande cuisine et sa clientèle des plus huppées sou trois Régimes, s Louis-Philippe, le Second Empire et la 3ème République.
On pouvait en 1840 y voir, – attablés en aimable compagnie – M. de Pérusse des Cars, duc des Cars, M. de Clermont-Tonnerre…
Plus tard, Madame Martin se signala à l’admiration générale en sauvant d’une noyade certaine le célèbre Zouave du Pont de l’Alma….
Après 120 ans de bons et loyaux services, rongé par les crues et les intempéries, l’original, de la statue du zouave trouva dans les années 1970, asile dans la grande salle du restaurant Martin-Alma.
Le zouave « du Pont-de-l’Alma » – héros de la guerre de Crimée (1854) se trouvait enfin les pieds au sec, quel que soient les humeurs de la Seine. Il n’est pas exclu qu’en janvier 1910, il ait intercepté quelques barriques de vin échappées des entrepôts de Bercy. On ne le lui reprochera pas.