L’annexion de 1859

Le décret du 16 juin 1859 qui réunissait à la Ville de Paris 24 petites communes situées dans sa périphérie, suscita bien des protestations. Dès 1855 le Conseil Municipal de Bercy s’était inquiété du projet. Les Conseillers Municipaux Gallois, Abel Laurent, Chabrier, Louis Proust, protestèrent avec véhémence . Ce fut en vain : Le décret d’annexion fut promulgué.
Créée en 1790, la commune de Bercy fut englobée dans sa quasi-totalité par le report des limites de Paris de l’enceinte des Fermiers Généraux aux fortifications édifiées par Thiers (1841-1844). Sa partie orientale peu habitée et composée en grande partie de jardins fut annexée par la commune de Charenton.
Dès lors, la Ville de Paris se préoccupa d’acquérir les terrains et immeubles, pour prendre à son compte l’exploitation de l’entrepôt. Un décret du 27 novembre 1869 l’y autorisa et « le territoire de la commune de Bercy, compris dans le plan joint au décret, fut affecté à un entrepôt provisoire« . Successivement furent englobées les propriétés Dessort, Levasseur, Renault, Canonge, Gailleton, la cour du Beaujolais appartenant à la veuve Chrétien et le Petit-Château à Félix Gallois, les propriétés Durnerin, Cabanis de Courtois, Lasne, Chabrier, Allegri, Abel Laurent, Baudoin, Soulages, Perdrier, héritiers Gosselin qui, avec les propriétés exploitées par la « Société Civile » (Baron Louis), constituent à peu près tout l’emplacement de l’entrepôt actuel.

Les habitants les plus démunis de Bercy, pour la plupart journaliers, artisans ou ouvriers, craignaient une augmentation du prix des denrées et de leur loyers. Les négociants en vins, désormais assujettis aux taxes d’octroi, s’inquiétaient de leur perte d’indépendance, leur activité étant désormais placée sous l’autorité de la puissance publique. Pourtant, il ne fut pas question de supprimer ce marché devenu vital à l’approvisionnement en vins de la capitale et qui constituait une réserve importante, indispensable en cas de conflit. L’apparition du chemin de fer avait, depuis 1847, donné un nouvel essor à Bercy maintenant approvisionné par toutes les régions de production. Sur les 15 000 habitants que comptait la commune de Bercy lors de son annexion, 6 000 vivaient de cette activité.
Un problème de taille se posait pourtant : sous quel régime fiscal les négociants allaient-ils pouvoir continuer à exercer leur commerce ? Celui du libre entrepôt à domicile qui était le leur (le dépôt est effectué dans le magasin d’un négociant) ou celui de l’entrepôt réel (effectué dans un magasin public) ? Les protestations des négociants firent reculer le conseil municipal qui instaura une période transitoire de dix ans. La guerre de 1870 et la lenteur des expropriations nécessaires à la mise en place d’un entrepôt réel prolongèrent ce sursis d’une nouvelle période de dix ans. Le régime provisoire subsista jusqu’à la suppression de l’octroi, en 1943 !
Les inondations de 1876 relancèrent le projet de cette ambitieuse réalisation. Une commission d’enquête fut désignée avec à sa tête Viollet-le-Duc qui, dans un rapport remis au conseil municipal, prévoyait deux sortes de travaux. Ceux touchant la voie publique, avec l’aménagement des berges et du périmètre du nouvel entrepôt et ceux concernant la construction de l’entrepôt réel. Le décret du 6 août 1877 entérina ce projet et déclara d’utilité publique l’établissement de nouveaux entrepôts réels à Bercy.