Les entrepôts

Dès l’expropriation et le rachat des terrains des derniers propriétaires récalcitrants par la Ville de Paris, les travaux commencèrent. Les témoins d’alors déplorèrent la destruction des maisons du quai et de sa kyrielle de restaurants et de guinguettes (à partir de 1877). Avec elles, disparaissait le joyeux Bercy. Les anciennes résidences du Petit-Château et du Pâté-Pâris n’échappèrent pas à ces démolitions. Hormis une aile du Petit-Château, redécouverte en 1985, qui servit de mur de soutènement d’un chai (voir l’article Les résidences).
L’opération concernant le fleuve consista à aligner les berges et à surélever la voie publique de 8 mètres 70 par rapport à l’étiage de 1658 (ou au-dessus) . Ce nouveau quai surmonté d’une large voie publique (l’actuel quai de Bercy) devait protéger Bercy des inondations. Quatre couloirs de liaison entre la berge et l’entrepôt seront établis, huit escaliers et cent une caves (dont certaines ouvertures obturées sont encore visibles aujourd’hui) seront construits le long du quai. Inauguré le 14 juillet 1895 par Félix Faure, le pont de Tolbiac sera relié à la place de la Nativité (actuelle place Lachambeaudie) par une voie d’accès, la rue de Tolbiac prolongée qui deviendra la rue de Dijon, actuelle rue Joseph Kessel. Elle sépara les entrepôts en deux parties qui deviendront le Grand-Bercy (à l’ouest) et le Petit-Bercy (à l’est) appelé à l’origine Petit-Château.
La mise en place de l’entrepôt réel s’achèvera avec le bouclage des entrepôts matérialisé par la pose de solides grilles hautes de trois mètres dont certains tronçons subsistent encore aujourd’hui. Malheureusement sans les initiales de la Ville de Paris (VP) qui disparurent dans les années 1990.
Le projet de Viollet-le-Duc prévoyait de diviser les entrepôts en trois parties : une partie centrale comportant des bâtiments à étages pour les alcools, séparée de deux autres zones (destinées à emmagasiner les vins) par deux larges voies publiques. Faute de moyens ou devant le refus des négociants de stocker en étages, rien de l’ambitieux projet (hormis la rue de Dijon qui aurait été la voie centrale) ne sera réalisé.

Il est possible que les bâtiments surélevés situés entre la rue de l’Yonne (actuelle rue des Pirogues-de-Bercy) et la cour Nicolaï (actuelle rue des Terroirs-de-France) appelés « bâtiments Lheureux » aient été une exécution tardive, en 1912, de ce projet. Cette opération prévoyait enfin la réinstallation de cafés et de restaurants sur le nouveau quai. Deux établissements tentèrent de perpétuer l’existence des célèbres guinguettes. Ces tentatives échouèrent en raison de l’isolement des entrepôts entourés de grilles.
Depuis leur annexion jusqu’à leur complète disparition dans les années 1990, les entrepôts de Bercy ne connurent pas de profondes transformations. Quelques bâtiments fonctionnels, en brique ou en béton, capables d’accueillir de grosses chaînes d’embouteillage furent les seules concessions faites à la modernité.