Les incendies
L’ entrepôt de Bercy ne connut pas au cours de son histoire que des moments heureux et des périodes fastes ! S’il a vécu de mémorables instants dans les catés et les guinguettes, il a aussi subi deux terribles fléaux – le feu et l’eau – qui s’abattirent sur lui à diverses reprises.
1820

Le premier incendie relaté dans les annales fut sans doute le plus terrible. On peut se demander avec le peu de moyens dont on disposait à l’époque, comment les hommes parvinrent à maîtriser l’incendie et à éviter l’embrasement généralisé des magasins à vins.
Le feu éclata vers cinq heures du soir le 31 juillet 1820 dans un entrepôt situé sur le quai de la Râpée. Le feu progressa avec une grande rapidité, attisé par un vent violent et trouvant un combustible de choix dans les magasins, dont la plupart étaient construits en bois avec des toits couverts de chaume. Le sinistre était dû à l’imprudence de deux ouvriers qui avaient posé leurs lampes allumées sur une poutre, près du chaume d’un toit. En moins de dix minutes, tout était embrasé. Sept cents négociants et mille commerçants divers furent victimes de l’incendie, soixante mille pièces de vin furent détruites. Les sapeurs-pompiers de Charenton, de Maisons-Alfort et de Paris, aidés par les 3e et 6e régiments de la Garde Royale et plusieurs sections de la Garde Nationale se joignirent à la population de Bercy pour maîtriser l’incendie.
On tira les leçons de ce sinistre : les couvertures en chaume furent désormais interdites et les bâtiments durent être reconstruits en pierre. La plupart de ces magasins a probablement subsisté jusqu’aux démolitions des années 1980-90. On ne déplora aucune mort mais plusieurs sauveteurs furent grièvement blessés.
1853

Quelque trente ans plus tard, deux autres incendies eurent lieu au cours de la même année.
Le premier éclata dans la nuit du 31 mars sur le port de Bercy et détruisit vingt mille pièces de vin et d’alcool.
« Les tonneaux crevaient comme des bombes au milieu des vins et des eaux-de-vie en combustion. Les flammes s’élevaient à une telle hauteur, que, paraît-il, de Fontainebleau on en distinguait la rougeâtre et sinistre clarté ; et qu’à Champigny-sur-Marne, des laitières, qui s’apprêtaient à se rendre aux Halles de Paris, purent remplir leurs boîtes à la lueur du feu… » rapporte Alfred Sabatier.
Le pompier Théodore Dehaese dont la sépulture est visible au cimetière de Bercy (325 rue de Charenton), périt au cours de cet incendie.
Le second sinistre de cette année 1853 prit naissance chez Courvoisier et Cie, dont les pipes d’eau-de-vie, en explosant, faillirent embraser une nouvelle fois l’ensemble des nombreux magasins à vin de la commune.. Il fallut acheminer vingt voitures de fumier, pour avoir raison de l’incendie.
On ne peut inventorier les nombreux sinistres mineurs dont l’entrepôt fut victime, l’alcool étant le plus souvent responsable des plus importants. La reconstruction des bâtiments après 1820 limitera l’étendue des sinistres.
Dans les années 1980, au moment fort de la contestation visant à la sauvegarde de Bercy, éclatèrent plusieurs incendies suspects mais providentiels qui détruisirent plusieurs bâtiments dont on pouvait espérer la conservation. Ainsi, disparut une nuit de week-end un bel entrepôt en bois à structures métalliques. La proximité de la caserne Lachambaudie n’empêcha pas sa complète destruction. Sa démolition était projetée et contestée, ce bâtiment méritant les mêmes égards que d’autres de même nature qui échappèrent à la démolition. Espoirs et illusions partent bien souvent en fumée…
La caserne de pompiers de Bercy, place Lachambeaudie

